Joué par :
Green Partizan: Jini Reusard #f29d8b
Grendelor : Capitaine Grenat #E9383F
Gaba : Auguste Von Cumulus #26d824
dvb : Don Wilhelm Bouthard #9683EC
Mike : Amadou Falotier #FFFF00
Exodus (…) : Perceval Fermaz #3A8EBA
Cassiopée : Léopold Singrier #CCCCFF
C’était une belle journée, la journée d’un printemps déjà bien avancé. Les caprices de la météo, les averses scélérates, les promesses vite oubliées de flânerie sur les bords de Jougle, avaient laissé la place à l’antichambre de l’été : un ciel bleu, presque sans nuage, une température honnête, suffisante pour faire sécher le linge en une journée, mais encore loin de la canicule estivale qui étouffait ponctuellement la grande cité Thil. Un temps parfait pour un dimanche, durant lequel les jardins de la ville se remplissaient des familles ouvrières, les parents goûtant le plaisir nouveau de ce jour de repos hebdomadaire récemment instauré, les enfants s’égaillant dans les allées de graviers, ou sur les pelouses fraîchement coupées par les jardiniers municipaux. Une journée où l’industrieuse métropole reprenait son souffle, où l’air se libérait des fumées noires des cheminées d’usine. Une journée pour le temps libre, et pour le temps politique – les conseils de quartier et les assemblées de travailleurs se réunissant en fin d’après-midi pour délibérer sur les affaires courantes. Une journée où les peintres ambulants et les étrangers en visite pouvaient saisir de leurs pinceaux et plumes l’esprit de cette nouvelle république des conseils, promouvant les temps libres après la besogne, la famille après l’effort, la citoyenneté après la production.
Dans les papeteries et les bureaux de poste du centre-ville, on ne trouvait aucune carte postale qui dépeigne la masse de silhouettes fatiguées présentement en train de s’échiner sur le chantier titanesque de la future gare de triage de Celian, distante de trente-cinq kilomètres des premiers faux-bourgs de l’agglomération. Se voulant une véritable porte d’entrée de la cité, la vaste emprise ferroviaire devait constituer le centre logistique depuis lequel les trains s’élanceraient à l’assaut du désert, ou arriveraient en provenance de Sûl-Nacre les wagons chargés de minerais, de verreries et draperies fines, et autres produits exotiques que produisait la mystérieuse ville d’Orient. Le projet prévoyait des kilomètres de faisceaux de voie pour recevoir les convois, des infrastructures et machines pour les charger ou les décharger, un bureau de la douane, ainsi qu’un dépôt pour l’entreposage et la maintenance des locomotives. A côté de la gare, un village devait être bâti pour pouvoir loger sur place le personnel fourni qu’un tel site réclamait pour fonctionner.
Ici, on ne s’arrêtait pas de travailler, même le dimanche. Un millier d’ouvriers étaient affairés sur le chantier, ici préparant le tablier de la voie, là transportant les lourdes traverses en bois pour les disposer l’une après l’autre. On distinguait aisément deux familles de travailleurs. En blanc, les fonctionnaires municipaux, et les employés de la compagnie de chemin de fer : les hommes et femmes libres. Des ingénieurs, logisticiens, contre-maîtres et gardiens. En rouge vif, la main-d’œuvre pénitentiaire, plus familièrement appelée les bagnards. Des forçats, trimards, bons à tout faire. Tel était le sombre destin des criminels, bandits et détenus de toutes variétés, privés sans honte du repos dominical. Car la cité des conseils exploitait hors de tout questionnement moral cette force de travail, mobilisée sous l’égide du programme baptisé « travail-réhabilitation », trop heureuse de mettre à l’ouvrage une masse de travailleurs et de travailleuses corvéables à merci, pour faire avancer le projet ô combien stratégique de ligne de chemin de fer vers Sûl-Nacre. Ces pauvres diables n’avaient rien à y gagner, ni remise de peine, ni ration plus consistante. Tout au plus bénéficiaient-ils de la possibilité de se trouver en plein air plutôt qu’entre les quatre murs de leur geôle. Bien qu’ici, aux portes du désert, l’air était nettement moins agréable que celui de la ville, baigné par la fraîcheur de la confluence des deux plus grands fleuves du continent. Il était plus sec, déjà empreint de la poussière du désert naissant. Point d’arbres ou si peu, sous lesquels se reposer, à leurs pieds s’étendaient une steppe informe. La seule humidité que l’on trouvait par ici était la sueur qui dès les premières heures de la journée maculait les corps poisseux de ces drôles de manutentionnaires en habits cinabre. Tous étaient à l’œuvre, volontaires, car au tire-au-flanc et autre déserteur étaient promis de copieux coups de bâtons, les postes les plus pénibles, et pour les récidivistes, un séjour au trou à l’issue duquel ils retrouvaient invariablement leur place sur le chantier.
Le long des voies déjà construites, de nombreux wagons étaient stationnés. Au plus proche des sections en train d’être posées se trouvaient les traverses, les segments de rail, les bacs contenant le ballast. Plus en retrait, d’autres voitures abritaient les bureaux du chantier et la base-vie pour le personnel logé sur place. Quant aux bagnards, ils s’entassaient au crépuscule dans des wagons plats dont on avait soudé aux ridelles des barreaux et bricolé un auvent en guise de protection contre les intempéries. Les pauvres diables dormaient sur de piètres couches, parfois de maigres matelas ou peau d’animaux mitées, parfois à même la ferraille. Ce décor pénitentiaire était surtout symbolique, un prisonnier avec une condition physique minimale pouvant facilement se glisser hors de sa prison roulante. Mais pour aller où ? Leurs vêtements écarlates juraient inévitablement, où qu’ils aillent. Le fuyard était bien vite repéré en pleine journée. Et si la nuit offrait un certain couvert, il fallait déjouer la surveillance des geôliers, et ensuite ? La zone immédiate de la gare était encore inhabitée à cette heure. La métropole était à trois heures de course, pour les meilleurs athlètes, et sur place, leur couleur impayable ne tromperait guère longtemps la garde municipale. Enfin vers l’Est, aucun refuge hospitalier en vue, et la promesse d’une soif dévorante dès les premières heures du jour, qu’aucun cours d’eau ne pourrait étancher.
Chacun restait donc à sa place, résigné, au travail tout en essayant discrètement de s’économiser au maximum. Du reste, le chantier n’était pas un mouroir. La population de détenus n’était pas illimitée, aussi un certain soin demeurait pour ceux-ci. L’embauche avait lieu à sept heures tapantes, un sinistre clairon donnant le signal de reprise des travaux. A midi, une pause de quarante-cinq minutes était prévue pour le déjeuner. Bien sûr, le dernier bagnard recevant sa pitance ne disposait que d’une poignée de minutes pour l’engloutir, mais les rations, quoique frugales et simples, étaient suffisantes pour maintenir une bonne cadence tout au long de la journée. L’heure du coucher du soleil marquait la fin du labeur. Cela signifiait aussi que la durée journalière du travail avait significativement augmenté et continuait de le faire, jusqu’à ce que le solstice fût atteint. Les forçats travaillaient en brigades, sous la surveillance et les instructions de leur chef d’équipe. Suivant la bonne étoile ou la déveine de chacun, celui-ci pouvait être un bon encadrant, ménageant ses subalternes, organisant un roulement dans les tâches les plus fastidieuses, accordant quelque temps de repos après un moment particulièrement épuisant. Il pouvait aussi être un cerbère, aboyant et jurant sur les galériens à son service, hurlant continuellement des ordres et adressant des brimades aux plus faibles. Le plus souvent, c’était un fonctionnaire sobre et ennuyeux, ni méchant ni particulièrement soucieux de la condition de ses manœuvres.
Les organisateurs de cette sinistre besogne auraient pu penser que des problèmes de discipline et de tension émergeraient entre les bagnards, notamment entre ceux qui purgeaient une peine relativement courte, et les réclusionnaires, malfaiteurs patentés et meurtriers. Mais la dureté des conditions de travail mettait tout le monde d’accord, à sa place, et les incartades restaient relativement marginales, cantonnées aux moments des repas et bien vite contenues par les surveillants. Le sens de la vie, l’horizon de chacun, étaient réduits à la voie de chemin de fer naissant sous leurs pieds, traverse après traverse, agrafe après agrafe, progressant chaque jour un peu plus vers l’orée du désert. Certains pouvaient compter les jours jusqu’à leur libération. D’autres s’en abstenaient, ne voulant pas nourrir un désespoir qui aurait absorbé leurs dernières pointes d’énergie face à ce sacerdoce harassant.


Léopold se tenait invisible parmi les ombres. Ses habits carmin, noircis et sales avaient pris une couleur terre de sienne qui se mêlait bien au sol du coin.
Il ne voulait pas se faire voir mais le navire l’attirait comme un aimant. Comment devenir passager clandestin d’un vaisseau pirate ? C’était sa seule chance de survivre au désert maintenant que la machine était hors d’usage.
Pour le moment les flibustiers étaient occupés à surveiller les survivants de l’explosion. Il se glissa sans bruit derrière les rocs et rares arbustes de la steppe de manière à se rapprocher de l’embarcation.
Elle avait tout d’un navire volant et était magnifique. Pourrait-il s’accrocher quelque part à la coque avant qu’elle ne redécolle ? Ou mieux, allait-il réussir à se couler à bord pour se mettre à l’abri ?
Le navire était silencieux. Un seul quidam se tenait sur une espèce de château.
Plusieurs amarres pendaient jusqu’au sol, accrochées à de lourds sacs qui devaient servir d’ancre.
Il se décida à grimper sur la face cachée de cette superbe flibuste, près de la poupe.
Arrivé en haut du plat-bord. Il vérifia que personne n’était en vue ou pouvait l’apercevoir et rampa tel un serpent du désert, jusqu’à un monceau d’objets entassés dans un coin. Sans doute le rebus d’un piratage précédent. Ce navire lui apportait la cachette souhaitée sur un plateau. Il se roula en boule du mieux qu’il put et se recouvrit de bricoles sans valeur.
À la suite de la seconde explosion de la Fumeuse, un nouveau monde c'était présenté à lui si brusquement. De jeune saboteur libéré du joug de la justice, il redevenait propriété d'une servitude aux motivations incertaines.
Il aurait pu se montrer terrifié par les pistolets et les fusils qui avaient été braqués sur lui, et en vérité il n'avait pas été rassuré non plus. Mais son attention avait été attirée par ce navire des dunes. Le bagnard n'avait pas entendu le coup de feu qui avait mis le chef des blancs au sol, si bien qu'il avait encore moins prêté attention aux pirates gardes-pompes qui éteignaient son chef d'oeuvre.
Une proue élancée, un tirant d'air lustré par les tempêtes de sable, un mât qui disparaissait dans la nuit réveillée par les flammes. Tant de bois et de voilure. Voilà un appareil qui ne le laissait pas indifférent.
Maintenant qu'il reprenait davantage ses esprits, les ordres aboyés par les pirates et les complaintes des Fumeurs du d'mibile se faisaient entendre ; la cacophonie ambiante le sortit de son extase de pyromane, la sauce était retombée. Il chercha du regard Léopold tandis qu'un canon de fusil se planta dans son dos, lui intimant la nécessité de se regrouper très vite en compagnie du nouveau groupe de prisonniers bicolores.
Aussi, Amadou remit sa tunique. Il rendossa son statut de rouge, que ce soit pour la CITHIL ou des pirates, peu lui importait. Son vêtement lui apportait une certaine protection, car peu de gens cherchaient à creuser plus loin que l'apparence. Alors il garderait le temps nécessaire ce déguisement de forçat.
Si le d'mibile lui avait appris une chose, c'était qu'il était capable de prendre en main son destin. Il avait tordu le métal, il ploierait le bois. Ou plutôt : il l'embraserait.
Il se sentait malgré tout embarrassé par l'absence de Léopold. Il espérait que son camarade de soupe n'était pas blessé quelque part.
Ragaillardi par son accomplissement, il apostropha les blancs.
— Ça fait quoi de devenir ce qu'on maltraitait ? ce qu'on jugeait de haut en leur donnant des calottes derrière la tête et en les mettant de corvées de latrines ? Ça fait quoi de devenir un rouge quand on est un blanc et qu'on pensait le rester toute sa vie ? Moi, je suis un rouge depuis deux mois et j'ai appris à faire avec. Grâce au Homard et au Menteur, entre autre, qui ont su se montrer suffisamment brutaux pour que ça rentre dans ma tête comme les cailloux rentraient dans mes chausses quand je devais les casser et les déplacer pour qu'on puisse mettre des rails sur des millions de kilomètres de d'mibile qui nous séparent de la cité du verre et de la soierie. Nous, les rouges, on a appris à vivre en tant que rouge, parce que les prisons et les procès nous laissent le temps de vivre notre sort. Est-ce que vous pensez que les pirates bijoutiers y vont vous laisser le temps de baver votre impuissance d'avoir autant de ptits cailloux sous les semelles ? Moi, j'en sais rien. Mais je vous souhaite la bienvenue à bord et que les vents vous soient favorables, haha.
Les prisonniers étaient enfin rassemblés et le feu maitrisé. Comme Grenat l'avait espéré, tout n'avait pas été détruit dans l'explosion. Mais le butin était maigre : 3 fusils, 1kg de poudre et 5 charges explosives. Pas de quoi pavoiser. La capitaine étudia le groupe : 3 blancs (visiblement les chefs d'après la diatribe du dernier rouge amené) et 3 rouges, dont une mal en point et un qui sentait le cochon grillé.
Saphir, ficelle tout le monde sauf la fille. Jade, tu l'emmènes à bord et tu la soignes. Cristal, reste à l'affût, il y en a peut-être d'autres qui se cachent.
La capitaine se tourna vers le rouge qui lui avait fait une étrange proposition.
Je veux savoir qui est qui et quelle est cette histoire de camp dont tu me parles. Sois éloquent, je m'encombre pas de gens qui me servent à rien.
Les deux pirates mentionnées se mirent au travail. La plus petite s'occupa d'attacher les mains dans le dos de chacun. Ses gestes étaient rapides, précis et les noeuds solides. Jade, une femme solidement charpentée, prit la femme blessée et évanouie dans ses bras et se dirigea d'un pas élastique vers le bateau. Sur place, elle désinfecterait la plaie et la recoudrait. dans son autre vie, elle était couturière et ses années de piraterie lui avaient permis de se servir de ses talents autrement.
Je veux savoir qui est qui et quelle est cette histoire de camp dont tu me parles. Sois éloquent, je m'encombre pas de gens qui me servent à rien.
Bouthard observa le troupeau rassemblé et fit l'inventaire des forces en présence avant d'exposer son plan.
Bon. Un peu de contexte avant toute chose. Ce convoi avait pour objectif de s'enfoncer dans le désert en amont d'une ligne de chemin de fer en construction. L'idée était de démolir les monticules rocheux qui se trouvent un peu plus loin au Nord pour dégager la voie. Vous l'avez peut-être remarqué, notre équipage est constitué de forçats et de garde-chiourmes. À de rares exceptions près, ce sont pour la plupart d'entre eux d'authentiques débiles et bras cassés de la Belle Thil. Le gamin, là, qui se dit héritier Cumulus, est un ressortissant de Wilaer. Tout comme la femme blessée que vous venez d'emporter et moi-même. Plus précisément, elle et moi sommes des... ouais : on est des barbouzes ! On a pour mission de contrecarrer ce projet de ligne de chemin de fer.
Espèce de fils de... éructa le Homard, avant de se prendre un franc coup de boule de Bouthard.
Toi, ta gueule, gros tas d'immondices ! Laisse parler les gens civilisés.
Le garde-chiourme chouina sous l'effet de la douleur et de la surprise, puis essaya tant bien que mal de ne pas respirer le flot de sang qui s'écoulait de son gros pif.
Mais euh...
Boucle-la, abruti ! Donc, je disais. Notre plan était de proposer aux bagnards de se retourner contre leurs tortionnaires, leur proposer un plan d'évasion hors de la zone d'influence de Thil et leur offrir un généreux pécule de remerciement. Le tout bien sûr en échange de leur participation à une opération de sabotage. En aval, à quelques kilomètres au sud, le gros de la compagnie Cithil est en train de construire une énorme gare de triage. Il y a là-bas des monceaux de matériel, d'armes, de carburant, de vivres et des coffres remplis d'or pour payer les soldes et acheter le ravitaillement. Et, moi et Jini on sait exactement où tous ces jolis trésors sont rangés. On connait les routines de garde et on sait où sont remisées les clefs des coffres.
Notre mission tient toujours : notre but est de cramer tout ça. De faire sauter la gare et les stocks, de ruiner la Compagnie et de retarder le chantier de plusieurs années.
Comme je vous le disais tout à l'heure : l'argent et le matériel ne nous intéressent pas. Si vous en voulez, on vous ouvre les réserves de bon coeur. En échange, vous nous aidez à réduire tout en cendres et vous nous déposez après, moi, Jini et les bagnards volontaires à notre point d'exfiltration. Et je m'arrange pour qu'on vous fasse livrer un bonus si tout se passe bien.
"J'ai une âme solitaire"
Les yeux de Grenat brillaient férocement.
J'aime cet état d'esprit !
Elle pointa le rouge qui pissait le sang.
Lui, n'a pas le bon.
La détonation du pistolet résonna dans la nuit.
Bon, qui est partant pour une petite virée à la Cithil ?, fit la pirate en regardant chacun de ses prisonniers.
Dans sa tête, elle faisait déjà des calculs sur le temps, l'approvisionnement, la place sur son navire...